Comment les champions du CAC40 se financent sur le dos des PMI françaises

Publié le | juin 18, 2009 |

L’activité de toute entreprise se compose de flux d’opérations récurrentes généralement définis par le terme « cycle d’exploitation ». Sur toute la durée du cycle, l’entreprise doit faire face à de nombreuses dépenses (approvisionnement, salaires, frais généraux,…). Elle enregistre également des recettes liées aux ventes de ses produits. Mais force est de constater que les dépenses ne sont compensées, en général, qu’ultérieurement par les recettes provenant des ventes. Dans la grande majorité des cas, le déboursement intervient des semaines voir des mois avant que l’entreprise ne puisse constater l’encaissement effectif des ventes liées à ces mêmes dépenses. Ce décalage naturel entre les dépenses et les recettes engendre à l’évidence un besoin de financement du cycle d’exploitation. C’est ce qu’on appelle le Besoin en Fond de Roulement (BFR).

Pour financer ce BFR, il y a certes les banques mais la solution idéale consiste à suffisamment capitaliser l’entreprise pour lui permettre d’autofinancer ce décalage. Malheureusement, chacun connait le déficit chronique en fonds propres des entreprises françaises. Nous rappelons que, pour faire simple, les fonds propres sont constitués du capital et des bénéfices passés non distribués.

Une autre solution de bonne gestion consiste à réduire au maximum les causes de décalage internes à l’entreprise en réduisant les cycles de production ou en gérant au plus près les stocks et les encours par exemple. Toute entreprise s’y emploie avec ardeur.

La dernière solution consiste pour l’entreprise à réduire au maximum le décalage externe. Pour ce faire elle essaie de payer ses fournisseurs le plus tard possible tout en tentant d’obtenir un règlement de ses clients le plus tôt possible. Une situation providentielle pour l’entreprise consiste alors à être réglée par ses clients avant même d’avoir à payer ses fournisseurs. C’est un cas d’espèce connue dans le monde de la grande distribution. Dans cette hypothèse, on parle même d’un BFR négatif. L’entreprise élue jouit dès lors, le plus souvent, d’une trésorerie excédentaire née de son cycle d’exploitation. Une bonne et saine gestion ? Probablement ! Mais, comme le soulignent à juste titre Pascal Quiry et Yann Le Fur, « le BFR est avant tout le témoin d’un rapport de force entre l’entreprise, ses clients et ses fournisseurs » (La Lettre Vernimmen N°76). En effet, selon que vous serez puissant ou misérable votre BFR sera négatif ou positif.

Mais revenons-en à Quiry et Le Fur. Dans leur dernière lettre, ils présentent un tableau intéressant concernant l’évolution du BFR des entreprises du CAC 40 à fin 2008 (à l’exclusion des financières). Or, ils constatent que 16 entreprises majeures sur 34 ont un BFR négatif. Plus de 50% alors que, rappelons-le, un BFR négatif est loin d’être la norme lorsqu’on considère un cycle « normal » d’exploitation. A première vue, nous nous félicitons que les champions français soient aussi bien gérés. Mais, à y regarder d’un peu plus près, sommes-nous vraiment certains du bénéfice global pour notre économie. Prenons le cas d’EADS. L’entreprise affiche un BFR négatif de près de 15 milliards d’euros. Ceci peut paraitre étonnant lorsqu’on suppose que le cycle de production d’un Airbus est en général fort long et que les conditions de règlement accordées aux clients (souvent des Etats) sont particulièrement avantageuses. La réponse est certainement à trouver dans l’extrême pression exercée par le « champion » subventionné sur la multitude de ses fournisseurs, pour la plupart PME-PMI françaises. Ce sont ces mêmes PME-PMI, championnes de la création d’emplois et de richesse nationale, qui doivent alors lutter d’arrache pied avec leurs banques pour que ces dernières leurs octroient, au compte goutte, des prêts prohibitifs destinés à financer leur cycle d’exploitation. Pendant ce temps, les milliards travaillent sur les comptes du « champion » et de ses banques.

Espérons que la loi d’ordre public n° 2008-776 en date du 4 août 2008 dite “Loi de modernisation de l’économie” qui impose que les délais de paiement soient désormais légalement plafonnés pour les contrats français conclus à compter du 1er janvier 2009 puisse apporter un peu d’oxygène à la foultitude de sous-traitants de nos grandes entreprises.

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