Pauvre Actionnaire !

Publié le | avril 17, 2009 |

Parmi les nombreux responsables et bouc-émissaires de tous genres rendus responsables de la crise, l’Actionnaire tient une place de choix. L’Actionnaire est avide et cynique et dépouille l’entreprise en se versant des dividendes somptuaires. Tout ceci se faisant au détriment des salariés dès lors impuissants et spoliés, voir bientôt licenciés du fait de l’appât du gain incontrôlable de l’Actionnaire. Mais, on oublie parfois quelques concepts de base qui ne sont certes pas vérités fondamentales mais qui, à tout le moins, permettent d’éclairer la conscience et de ne pas verser dans les lieux communs de tous bords et la pensée unique.

Alors est-ce qu’un actionnaire qui reçoit des dividendes s’enrichit ? On rappellera à toutes fins utiles que la distribution de dividendes ne s’opère que lorsque l’entreprise génère des profits distribuables c’est-à-dire des profits ayant supporté l’impôt, les participations ainsi que les autres mises en réserves obligatoires ou statutaires éventuelles. Rendons grâce à P. Quiry, Y. Le Fur et P. Vernimem de nous rappeler, dans leur ouvrage Finance d’entreprise, que contrairement à l’idée généralement répandue, l’actionnaire qui reçoit des dividendes ne s’enrichit pas. En effet, lorsqu’une entreprise verse des dividendes, elle diminue d’autant ses réserves et s’appauvrit très exactement du montant des dividendes versés. Ainsi, un actionnaire qui détient une action valant 1000€ avant une distribution de dividende de 100€ va certes encaisser 100€ mais va également les perdre dans la mesure où la valeur de son action va diminuer d’autant. Pour éclairer concrètement le phénomène, les auteurs précités, retiennent l’exemple de la société Bouygues. En Janvier 2005, Bouygues a versé un dividende de 5€ et a vu ce même jour la valeur de son titre immédiatement tomber de 35€ à 30€.

Pour les auteurs, il est clair que les « dividendes ne constituent pas une rémunération ou un enrichissement de l’actionnaire mais une simple modification de la composition de son patrimoine ». Il s’agit également d’un arbitrage de trésorerie entre le court et le long terme, mais c’est un autre débat.

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